Comment peux-tu te perdre si c'est toi le chemin...
Découvrir, redécouvrir, s'interroger, s'étonner... Un peu de l'auteur aussi... Juste une page sans prétention, sinon interpeller le quidam virtuel !
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La rencontre
"Plus incompréhensible encore leur sera l'état de l'homme qui souffre de la conscience effroyablement claire. Il s'agit de la douleur peu commune aux mortels de se trouver soudain trop "conscient de soi". Il est bien vain de tenter de faire naître, dans un esprit qui ne l'a pas expérimenté, l'approximation de cet état qui selon un déterminisme inconnu, en un instant soudain (ce que les gnostiques asiatiques ont pour convention de nommer le subitisme), plonge un être dans l'horreur froide et tenace du voile déchiré des antiques mystères (symbolisme utilisé d'ailleurs dans les écriture à propos du voile du sanctuaire) . C'est devant la disponibilité la plus absolue de la conscience, le rappel brusque de l'inutilité de l'acte en cours, sa vacuité, devenu symbole de tout Acte, devant le scandale d'être et d'être limité sans connaissance de soi-même. Essence de l'angoisse en soi qui fait les fous, qui fait les morts", dans cette ronde des cecitaires au feu divin, et où le gnostique se trouve en communion avec la multitude qui ignore cette liberté, dans cette abyssale solitude de l'être accompli.
Sensibilisé au travers de sa propre mort, éveillé à l'existence, l'introspectant se met alors en quête du soi intime, nu, sans image". C'est en mourant pour renaître vraiment (la résurrection est là)» que le gnostique aborde enfin son moi où, suprême a-dialectique, il reconnaît sa condition divine dans cette rencontre entre le créateur et sa créature, entre le soi et lui même. Rencontre qui érige enfin l'être pour sa réelle finalité, celui d'être totalement, sans intermédiaire issue d'une pensée factice par nature.
L'actant s'est métamorphosé enfin dans ce non-acte sublime pour parvenir à ce qu'il n 'a jamais cessé d'être sans le savoir jusque là !
L'instant qui ne passe pas est une offrande pour celui qui sait capter ce temps inétendu...
là où les secondes se décomposent et laissent une toile blanche, infinie, hors des images et des mots...
MC
Aude, juin 2023
Là où le temps décante, chant rural qui s'accorde au rythme profond de l'homme, fils d'or qui réunit tous les moments du monde en un instant qui ne passe pas...
MC
Aude, août 2023
En plongeant dans l'intériorité, nous découvrons un royaume intime (le fameux royaume). C'est dans ce sanctuaire que l'on trouve l'essence même de notre être, l'emporte-pièce originel. L'intériorité devient une source inépuisable de paix, une oasis au milieu du tumulte du monde extérieur, la source primordiale...
MC
Aude, juin 2023
L'épiphanie surgit lorsque le voile du temps se dissout...
Dans le silence du présent, retrouver l'Un de notre être, sans image, sans nom, instant d'éternité qui n'est pas une durée mais un état de conscience intime, en communion avec la multitude. Car si toutes les cheminées du monde ne se ressemblent pas, le feu, lui, est de même nature...
MC
"Trois opérations :
- voir, opération de l'oeil.
- Observer, opération de l'esprit.
- Contempler, opération de l'âme.
Quiconque arrive à cette troisième opération entre dans le domaine de l'art."
Emile Bernard
vu sur la page : Chouettes et Hiboux, les Philosophes de la Forêt
L'introspection est une activité en voie de disparition. De plus en plus de personnes, lorsqu'elles se retrouvent face à des moments de solitude dans leur voiture, dans la rue ou à la caisse du supermarché, au lieu de recueillir leurs pensées, vérifient s'il y a des messages sur leur téléphone portable pour avoir un lambeau de preuves les montrant que quelqu'un de quelque part, peut-être qu'il les veut ou en a besoin.
Ils se promènent avec des écouteurs en se parlant à haute voix, comme des schizophrènes, inconscients de leur environnement.
Le silence pousserait plutôt les gens à réfléchir.
La plupart des gens ont peur du silence, alors quand le bruit continu s'arrête, vous devez toujours faire, dire, siffler, chanter, tousser ou marmonner quelque chose. Le besoin de bruit est presque insatiable. Dans ce qu'on appelle le "silence de mort", nous nous sentons mal à l'aise. Pourquoi? Peut-être y a-t-il des fantômes ? Je ne crois pas.
Ce que nous craignons vraiment, c'est ce qui pourrait venir de l'intérieur de nous, c'est-à-dire tout ce que nous essayons d'éviter par le bruit.
Zygmunt Bauman.
Entretien sur l'identité (Bari, Italie 2009).
Le Voyageur contemplant une mer de nuages (1818), Caspar David Friedrich
"Veillez, veillez afin de n'être jamais absent de vous-même"...
M.C.
L'impermanence de toutes choses nous déstabilise le plus souvent, avec ce sentiment d'insécurité, de regret ou d'espérance. Tous cela n'est que le leurre de la pensée, mouvante par essence. Comme la goutte d'eau suspendue au brin d'herbe, nous ne savons jamais le moment de notre chute, mais qu'importe. Chaque moment de son existence, le reflet du monde à l'intérieur d'elle semble immobile, et contient toute l'essence de son être, comme chaque goutte d'eau du monde...
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Il a dit :
Maître, il y en a beaucoup autour du puits, mais personne dans le puits » »
Logion 74, évangile selon Thomas
"Cette minute même qui m'arrive portée par des dizaines et des dizaines de milliards d'années passées,
rien ne la vaut, rien ne vaut ce maintenant"
Walt Whitman
L'art de la vie n'est-il pas de s'affranchir des servitudes matérielles et morales pour ne vivre que de l'essentiel ?
Au coeur de décembre, je pense à l'été, à cette lumière que nous portons en nous, à celle aussi du dehors et nous inspire, et nous dira bientôt qu'il reste invaincu...
Tout est affaire de maturation....
M.C.
La mystique que nous attribuons aux choses est seulement la projections de nos fantasmes et aspirations intérieures. Nous nous trompons nous-mêmes par soucis de confort, ou par paresse, histoire d'éviter une recherche intérieure et un silence intolérable à notre nature que nous croyons duale...
| Bugarach, août 2022 |
Si tu sais cueillir l'étoile de ton âme, celle dont la lumière est cachée par les images et les pensées de ton mental, alors tu échapperas à la vindicte du temps, et peu t'importera de quitter un monde et un univers finis, car tu auras bu toute la coupe de la vie...
M.C.
Nuit et jour, ombre et lumière, sous la dichotomie de l'être, le point médian recèle sa véritable identité...
M.C.
Issue de la lumière, nous marchons vers la nuit. Il n'appartient qu’à nous d'en éclairer d'avance ses murs...
M. C
Sous la voûte étoilée, l'esprit se plaît à vagabonder vers des horizons à la fois lointains et proches. Il y a souvent autant de distance entre nous et la prochaine étoile qu''entre notre vision subjective du monde et la réalité intrinsèque de ce dernier...
M.C.
L'oublie nous guette tous, lorsque nos derniers témoins auront disparu à leur tour, dans la grande ronde des siècles, que nos atomes auront rejoint les éléments du monde afin de continuer la grande œuvre de la vie, perdue au milieu de l'immensité cosmique, lui même soumis aux mêmes lois...
Comme je ne peux connaître tous les lieux, je serai ignorant de tous les temps, mais qu'importe, car je suis (comme toi) dans ce temps inétendu qui les réunis tous...
Nous aurons eu au moins l'honneur suprême d'avoir pu contempler les étoiles et la rosée du matin, le souffle du vent et de la pluie sur nos visages, les couleurs de l'arc en ciel, la peur, les pleurs et l'espoir, l'amour et l'amitié, afin de se dire que nous sommes nés en pleurant et sommes partis en riant car nous avons dîner au banquet du monde sans en perdre une miette de ce temps d’éternité qui ne nous fruste aucunement de ne pas connaître tous les instants des mondes passées et à venir, notre esprit les contenant tous dans cette instant qui ne passe pas...
M.C.
Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse,sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie, je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbés.
Chacun d’eux portait sur son dos une énorme Chimère, aussi lourde qu’un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment d’un fantassin romain.
Mais la monstrueuse bête n’était pas un poids inerte ; au contraire, elle enveloppait et opprimait l’homme de ses muscles élastiques et puissants ; elle s’agrafait avec ses deux vastes griffes à la poitrine de sa monture ; et sa tête fabuleuse surmontait le front de l’homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers espéraient ajouter à la terreur de l’ennemi. Je questionnai l’un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu’il n’en savait rien, ni lui, ni les autres ; mais qu’évidemment ils allaient quelque part, puisqu’ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.
Chose curieuse à noter : aucun de ces voyageurs n’avait l’air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos ; on eût dit qu’il la considérait comme faisant partie de lui-même. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d’aucun désespoir ; sous la coupole spleenétique du ciel, les pieds plongés dans la poussière d’un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.
Et le cortège passa à côté de moi et s’enfonça dans l’atmosphère de l’horizon, à l’endroit où la surface arrondie de la planète se dérobe à la curiosité du regard humain.
Et pendant quelques instants je m’obstinai à vouloir comprendre ce mystère ; mais bientôt l’irrésistible Indifférence s’abattit sur moi, et j’en fus plus lourdement accablé qu’ils ne l’étaient eux-mêmes par leurs écrasantes Chimères.
Chacun sa chimère. C. Baudelaire